
Le Gouvernement, dans un projet de loi portant sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et au jugement des mineurs, veut faire passer une nouvelle réforme du droit applicable aux enfants. En s’attaquant à des principes fondateurs de notre ordre juridique, le Gouvernement déstabiliserait profondément notre conception de la justice au nom d’une idéologie aveugle.
L’ordonnance de 1945 a déjà été réformé plus d’une trentaine de fois, dont une douzaine au cours des dix dernières années. Cet emballement législatif et répressif n’a d’ailleurs pas de succès, puisque la criminalité des mineurs semble augmenter. En effet, selon les informations transmises par le ministère de la Justice, entre 2002 et 2009, le nombre de mineurs mis en cause a crû de 19 %, passant de 180 382 en 2002 à 214 612 en 2009. Cette évolution est moins forte que celle constatée chez les majeurs (+ 32 % de mis en cause sur la même période).
Les caractéristiques de la délinquance des mineurs diffèrent de celle des majeurs : on y retrouve plus de vols (qui représente la part la plus importante) et de dégradations de biens et moins d’affaire de stupéfiants. Les faits de violence sont quant à eux en augmentation.
Enfin, concernant le profil de ces mineurs, la direction de la protection judiciaire de la jeunesse a mis en lumière le fait que peu d’entre eux réitèrent, mais qu’un petit « noyau » de 5 % des mineurs délinquants serait responsable de près de la moitié des infractions commises par les mineurs.
L’examen de ces chiffres nous montre bien que la délinquance des mineurs n’est pas de même nature que celle des majeurs. Comme le rappelle Robert Badiner dans son dernier ouvrage, l’excellent "Des épines et des Roses", « le jugement des mineurs est complexe. A considérer l’acte, c’est un délinquant qu’il faut punir. A regarder son auteur, c’est encore un enfant ou un adolescent que l’on peut sauver (...). L’enfant délinquant est d’abord un être en devenir, à sauver plus qu’à punir ». Voilà pourquoi il faut mettre l’accent sur la prévention, l’éducation, les mesures alternatives de privation de liberté et la réinsertion. Le jugement et la peine, chez les mineurs plus encore que les majeurs, doit absolument avoir une visée pédagogique et pas simplement répressive.
Pierre Joxe, investi depuis de longues années dans le combat en faveur des droits des mineurs, a expliqué à quel point l’ordonnance de 1945 était moderne et constituait un véritable exemple juridique pour de nombreux autres pays : l’Allemagne et l’Espagne notamment ont adopté une législation semblable à la notre.
Dès lors, je ne peux, comme l’ensemble des socialistes, que m’opposer fermement à ce projet de loi qui rapproche la justice des mineurs de celle des majeurs. Je note par ailleurs que de nombreux avocats, juges pour enfants et associations ou institutions de protections de l’enfance comme l’UNICEF s’élèvent également contre cette dérive.
Ce projet de loi, qui vise par ailleurs à instituer des jurés populaires en correctionnelle est bien marqué du sceaux du populisme. Les conditions matérielles de la tenue de tels procès paraissent extrêmement compliquées et risqueront d’entraver le fonctionnement de la justice. Ce projet est une véritable expression de défiance envers les juges.
Les députés socialistes ne voteront pas donc ce projet de loi. Nous utiliserons tous les moyens dont nous disposons pour enrayer ce projet que nous jugeons dangereux et complètement erroné.