« J'avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux. À compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien ». L’auteur de cette phrase habite aujourd’hui à l’Elysée... En 2001, Nicolas Sarkozy soutenait donc l’idée d’accorder le droit de vote aux élections locales pour les étrangers. Depuis, il a bien changé d’avis !
Il faut dire que les élections présidentielles approchent. La faible popularité de Nicolas Sarkozy l’invite, encore une fois, à aller piocher des voix à l’extrême-droite, et à ressusciter les vieux démons. Le Sénat et sa majorité de gauche, en votant une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit aux élections locales pour les ressortissants non communautaires, détruiraient le ciment de la citoyenneté. M. Guéant, emporté par ses positions très droitière, s’est même laissé aller à des contre-vérités, en déclarant que des étrangers pourraient devenir maires ! Même s’il a avoué depuis que ce n’était pas vrai, il n’en reste pas moins que tous les coups sont permis.
Démontons quelques faux arguments : non, le Parti Socialiste ne souhaite pas se fabriquer un réservoir de vote par ce mécanisme. Les études démographiques et sociologiques ont démontré que les populations étrangères n’étaient pas déterminées politiquement. Ainsi, rien ne prouve que les personnes étrangères, admises à voter, donneraient la faveur à la gauche.
Non, le Parti Socialiste ne se lance pas dans une opération de communication. Sous le Gouvernement Jospin, l’Assemblée Nationale avait voté une proposition de loi dans ce sens. Jusqu’à aujourd’hui, la droite qui détenait la majorité au Sénat n’avait jamais accepté de l’inscrire à l’ordre du jour. C’est désormais chose faite !
Et la droite se défausse en arguant que ces personnes n’ont qu’à demander la naturalisation... C’est un argument spécieux tant cette même droite, au pouvoir depuis 10 ans, a durçi les conditions d’attribution de la nationalité française.
Une étude de législation comparée a montré que de nombreux pays européens (10 sur 12 étudiés) avaient admis les ressortissants étrangers à voter aux élections locales. Notre position est claire : comment peut on laisser des gens, qui sont considérés comme tous les autres citoyens au moment d’aller travailler, de payer leurs impôts, d’élire leurs délégués syndicaux, ne pas pouvoir élire leurs représentants locaux ? Après la citoyenneté sociale, fiscale, administrative, nous voulons leur donner la citoyenneté fiscale !
Deux conceptions de la société s’opposent à travers ce vote. Les socialistes défendent une meilleure intégration, une société plus égalitaire et un approfondissement démocratique.